La Recherche

Points de vente du livre dans le Maroc contemporain

Publié le 16/07/2009 par La Rédaction
Mots-clés : |

AUTEUR


Auteur : Anouk Cohen
Thèse en cours  : Quels usages de la librairie et des différents points de vente du livre dans le Maroc contemporain
Sous la direction de : Jean-Charles Depaule
Discipline : Ethnologie
Laboratoire de recherche : Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative (LESC)
Thèse : Fabrication du livre au Maroc

PRÉSENTATION DE LA RECHERCHE



     La recherche doctorale en cours propose une étude ethnologique sur le livre et la lecture au Maroc qui connaît ces dernières années un véritable « boom » de l'écriture contemporaine corollaire à une mutation du secteur éditorial et à une transformation des pratiques relatives au livre, à la lecture et à l'écriture. Ma recherche vise à étudier les différentes étapes de la genèse d'un livre, de l'auteur jusqu'au lecteur et du lecteur jusqu'au livre. Elle s'inscrit dans une anthropologie des modes de coordination qui appréhende la production du livre comme une action collective. Une étude qui m'a conduite à caractériser un monde du livre marocain, qui serait défini, au sens où Howard Becker [1] entend la notion de « mondes de l'art », comme un réseau d'acteurs qui coopèrent pour concourir à l'existence d'une œuvre. Ainsi, une part de mon questionnement se situe sur la librairie et les autres points de vente de livres afin de saisir les raisons qui expliquent la diversité des réseaux de circulation du livre au Maroc.

     En effet, il y existe une pluralité de points de vente de livres - librairies, « buralistes », « bouquinistes », « soldeurs », « kiosquiers », « terrassiers » tel qu'ils sont nommés - qui correspond à des habitudes de vente et d'achat variées. Ces différents commerces du livre ne s'adressent pas aux mêmes publics, ni ne pratiquent les mêmes prix et proposent des offres de lecture variables d'un point de vente à l'autre, notamment du point de vue linguistique. Rares sont les commerces de livres bilingues. De cette observation ethnographique découle un questionnement central : le secteur du livre marocain renvoie-t-il à deux objets distincts, le livre arabophone et le livre francophone, tournés vers deux publics, qui correspondraient à deux projets culturels en situation de concurrence ? En outre, on observe une répartition spatiale spécifique des librairies francophones et arabophones. Alors que les premières se situent généralement dans le centre ville, les secondes sont installées aux périphéries. Une telle observation est à mettre en relation directe avec l'histoire urbaine et coloniale de Casablanca et Rabat, dont je tente de saisir les répercussions, notamment via un travail cartographique. 

     De ces différentes observations, certaines interrogations émergent : quelles pratiques éditoriales correspondent à quels points de vente ? Quelle typologie sociologique des publics peut-on dresser en fonction des différents commerces de livres ? Quels genres d'ouvrages sont vendus dans quels types de point de vente pour quel lectorat ? On pourrait également s'interroger sur les modes de fonctionnement des différents points de vente (les horaires qu'ils pratiquent...) et sur les acteurs qu'ils mobilisent. Répondre à ces interrogations a impliqué la réalisation d'un terrain ethnographique d'une durée d'un an et demi à Casablanca et à Rabat. Séjour durant lequel j'ai mené de nombreuses observations au sein de librairies de livres arabes et français. Afin de faciliter le recueil d'information et l'échange avec les libraires, j'ai travaillé dans ces points de vente. Ainsi, le corpus dont je dispose se compose d'entretiens  et de notes d'observation.

[1] - Becker, Howard, Les mondes de l'art, Paris, Éditions Flammarion, 1988.